Elle détourna pour la première fois, non pas son regard, mais tout son être, de ce délire hystérique qu'était devenu l'amour de ses proches. Ce besoin de gaver l'autre d'affection, comme on gaverait une plante d'engrais. Non pas pour la contenter elle, mais pour oublier le vide monumental qui règne dans quelque cheminement personnel.
-Je t'aime, tu sais?
Quelle question! "Comment fait-on l'amour?" semble une question si dérisoire, devant l'interrogation "Comment sait-on l'amour?" Comme s'il était possible un jour de savoir ce qu'est un sentiment. Il est unique, et seul(e), la personne qui le vit, le connait. Un point, c'est tout...
-Je t'aime, c'est la seule connaissance que je suis de toi.
Voilà, un point... Quelquechose d'honnête dans ce monde ignoble où nous sommes les rois despotiques, dans ce royaume tourmenté qu'est notre existence. L'amour nait de l'engendrement d'un coeur avec lui même... Ou plutôt d'un coeur avec sa propre image de l'amour. Qui aime vraiment profondemment? Ce regard n'exprime donc rien d'autre que "j'aime aimer"?
-Je t'aime, parceque je dors dans le même coeur que toi...
Enfin, l'approche différente : deux entités qui créent, un nouveau coeur. Un rêve unique parmis les chimères statiques... Un petit quelquechose de vivant, et qui vacille en un souffle, entre la mort et la guérison. Mais faut-il encore justifier un sentiment...
-Je t'aime...
Et les points de suspensions laisse à désirer...

